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20 Mar. 2024

Pierre Hoffman : “Il est plus que jamais nécessaire de supprimer les barrières à la participation des plus jeunes à la vie démocratique de notre Barreau”

Pierre Hoffman : “Il est plus que jamais nécessaire de supprimer les barrières à la participation des plus jeunes à la vie démocratique de notre Barreau”
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Temps de lecture : 3min

Bâtonnier de Paris depuis janvier 2024, au côté de la vice-bâtonnière Vanessa Bousardo, Pierre Hoffman nous accorde aujourd’hui un entretien exclusif autour des grands axes de son mandat. Rôle du Barreau, parentalité, première installation, développement des cabinets… le nouveau bâtonnier revient sur les thématiques incontournables de son programme, construit autour de l’ambition “d’insuffler un souffle nouveau” à l’ordre. 

Le Barreau de Paris est l’une des plus anciennes institutions professionnelles françaises. Aujourd’hui, dans le contexte actuel de 2024, comment définiriez-vous le rôle de bâtonnier ?

En 2024, comme auparavant, le Bâtonnier et la Vice-Bâtonnière de Paris défendent les droits des avocats, protègent leur exercice et représentent leurs intérêts à Paris. Le Bâtonnier veille au respect de la déontologie de la profession, diligente les enquêtes disciplinaires et garantit, pour tous les justiciables, la probité et l’exemplarité des avocates et avocats parisiens.

Mais, dans le même temps, tout a changé.

D’abord, notre profession connaît une évolution démographique fulgurante (alors que nous étions 26 000 avocates et avocats parisiens en 2014, nous sommes désormais 34 000). Nos modes d’exercice se sont diversifiés et les attentes des jeunes générations ne sont plus les mêmes que celles d’antan. Le nombre de départs avant 10 ans d’exercice atteint désormais près de 22 %, un chiffre qui nous interpelle. Dans le même temps, les services ordinaux se sont étoffés, changeant drastiquement le rôle du Bâtonnier et son approche de la machine institutionnelle.

Par ailleurs, l’accès inégal aux nouvelles technologies au service de l’avocat a accentué la fracture numérique qui touche nos cabinets, et les disparités économiques entre grandes firmes et petits cabinets n’ont jamais été aussi grandes. 

Enfin, notre barreau traverse une crise de l’engagement qui se manifeste par une baisse des inscriptions dans les associations du palais, un faible taux de participation aux élections ordinales ou la diffusion d’un sentiment d’entre-soi.

Face à ces disparités – voire ces divisions – je pense que mon rôle sera de recréer du lien et de réaffirmer notre place au sein de la Cité afin que nous retrouvions l’unité qui faisait auparavant notre superbe. Pour Vanessa et moi, cela passera d’abord par une absolue exemplarité dans les engagements que nous avons pris vis-à-vis des 34 000 avocates et avocats parisiens.

Votre campagne s’est fondée sur l’ambition “d’insuffler un souffle nouveau”. Pouvez-vous nous en dire plus sur ce mantra et en quoi celui-ci irrigue l’ensemble de votre programme ?

« Donner un souffle nouveau » n’était pas seulement un slogan de campagne. C’est aussi – et surtout – l’ambition que nous avons pour ces deux prochaines années. Derrière cette formule, et dans la continuité du travail réalisé par nos prédécesseurs, il y a une volonté, celle de redonner de sa force à la grande famille des 34 000 avocates et avocats qui composent notre Barreau. 

Donner un souffle nouveau aux jeunes avocats qui, faute de repères et face aux difficultés qu’ils rencontrent, sont encore parfois amenés à quitter la robe quelques années seulement après avoir prêté serment. Un souffle nouveau pour les parents, celles et ceux qui, par engagement pour les leurs, sont parfois conduits à se mettre en retrait durant quelques mois. Donner un souffle nouveau, plus largement, à une profession dont nous sommes toutes et tous extrêmement fiers, mais dont la réputation a récemment pu être ternie ou entachée, et dont l’exercice n’est pas toujours aisé. 

Anticiper. Se préparer. Accompagner les évolutions de notre société et de notre profession dans un contexte politique et géopolitique incertain sont les mots d’ordre que nous suivrons. 

L’un des premiers axes de votre programme est d’accélérer la croissance des cabinets. Comment comptez-vous favoriser et faciliter le développement de cabinets ?

Effectivement, c’est un des premiers axes de notre programme, et pour cause : les crises successives ont fragilisé les cabinets parisiens et indéniablement accru les disparités entre ces derniers. Les membres de notre Barreau ne sont plus toujours en capacité de se développer comme ils l’entendent, sans parler des difficultés, plus grandes encore, que rencontrent celles et ceux qui souhaitent s’installer. Il nous appartient d’inverser cette tendance. 

Durant ces deux prochaines années, Vanessa Bousardo et moi-même veillerons à garantir la prospérité et le développement de l’activité de chacune et chacun d’entre eux, que ce soit par le biais de la formation continue, avec des sessions pour mieux apprendre à gérer son cabinet, ou en permettant certaines facilitations plébiscitées par nos consœurs et confrères. 

Cela se manifestera notamment par l’organisation des « Rencontres du Barreau », évènements dont l’objectif est de faire se rencontrer les avocats, les directions juridiques et les acteurs économiques essentiels à notre exercice. En outre, des rencontres interprofessionnelles seront organisées avec les autres acteurs du Droit (notaires, administrateurs et commissaires de justice, experts-comptables) en fonction des spécialités. Alors que nous sommes régulièrement amenés à travailler ensemble, nous avons rarement l’occasion d’échanger plus avant. Il nous faut intensifier la fréquence de ces échanges et les rendre plus fructueux. 

En second lieu, s’agissant de l’installation, seront prochainement missionnés des « référents installation », des consœurs et confrères auxquels il appartiendra d’orienter et de conseiller les avocates et avocats sortent de l’école dans l’ensemble des problématiques liées à l’installation (URSSAF, CNBF, questions de comptabilité…). Prendre à bras le corps cette question et réduire les freins à l’installation, c’est aussi s’assurer que les jeunes avocates et avocats parisiens garderont la robe longtemps. 

Les jeunes avocats sont au cœur de votre programme. Quels sont les obstacles majeurs auxquels sont confrontés les jeunes après leur formation et que votre programme vise à résoudre ? Comment améliorer l’accompagnement des cabinets en termes de formation ?

Conquérir une clientèle, étendre son réseau, gérer son cabinet ou mieux comprendre les us et coutumes de notre illustre profession sont autant de défis qui se dressent devant les jeunes avocates et avocats, même les plus ambitieux. Pour y répondre, nous souhaitons promouvoir le lien intergénérationnel et la complémentarité des profils, des savoirs et des compétences. Depuis notre prise de fonction, nous travaillons ainsi de concert avec l’association Avo’mentor afin de développer plus avant le programme de mentorat d’exercice éponyme qui permet, via une application accessible, à toutes les avocates et tous les avocats qui exercent depuis moins de sept ans de trouver un(e) mentor(e) correspondant à leurs attentes, leur spécialité ou leurs difficultés particulières d’exercice.

De surcroît, nous pensons qu’il est plus que jamais nécessaire de supprimer les barrières à la participation des plus jeunes à la vie démocratique de notre Barreau. Et nous sommes parvenus, sur notre proposition, à faire voter du Conseil de l’Ordre, le 27 février 2024, la suppression de la règle voulant que seuls les avocates et avocats exerçant depuis plus de quatre ans puissent se présenter au Conseil et y siéger. Il nous appartient désormais de convaincre le Conseil national des barreaux pour que cette réforme puisse entrer en application, ce qui requiert une modification décrétale. Le Conseil est une instance qui représente tous les membres de notre Barreau, y compris les plus jeunes, qui doivent pouvoir en faire pleinement partie ! Dans une logique similaire, nous avons récemment obtenu de la part du Conseil de l’Ordre l’abaissement à deux ans du nombre d’années d’expériences requises pour recruter un élève-avocat. Cette réforme vise à faciliter, pour les jeunes membres de notre Barreau, le développement de leur activité et à diversifier l’offre de stage proposée à Paris.    

La question de la modernisation de la déontologie était déjà au cœur du programme de vos prédécesseurs. En quoi votre programme s’inscrit dans la continuité du précédent mandat et quels sont les nouveaux axes que vous souhaitez développer ?

Notre travail s’inscrira naturellement dans la continuité de celui de nos prédécesseurs, Madame la Bâtonnière, Julie Couturier, et Monsieur le Vice-Bâtonnier, Vincent Nioré, qui ont énormément modernisé notre déontologie. Des avancées essentielles, compte tenu de l’accroissement de la concurrentialité du marché, de l’essor des nouvelles technologies et des nouveaux modes d’exercice qui se démocratisent, mais également de la crise qui a pu toucher les institutions ordinales ces dernières années. 

S’agissant du développement des cabinets parisiens, nous portons plusieurs projets, qui faisaient partie de notre programme de campagne. Nous souhaitons entreprendre une réforme de l’apport d’affaires en permettant sa rémunération, qu’il soit réalisé entre avocats ou d’un tiers à un avocat. Largement plébiscitée par nos consœurs et confrères, il appartiendra au Conseil de l’Ordre de déterminer le contenu de cette réforme pour la présenter et la défendre au Conseil National des Barreaux. De même pour le pacte quota litis, qu’il est temps d’accepter selon nous. Une réflexion doit également être conduite quant à l’ouverture, plus étendue, du capital de nos cabinets, même si nous sommes conscients des nombreuses interrogations s’agissant du secret et notre indépendance qu’une telle réforme peut soulever. 

Afin de rapprocher les avocates et les avocats parisiens des institutions ordinales – car c’est là un des objectifs que nous poursuivons avec détermination – plusieurs résolutions du Conseil de l’Ordre ont d’ores et déjà été votées en ce sens. Le 6 février 2024, le Conseil a décidé que deux avocats honoraires pourraient désormais y siéger avec voix consultative. Et, plus récemment, il s’est également prononcé en faveur de la suppression de la barrière de quatre ans pour se présenter au Conseil. C’était une de nos volontés et nous comptons désormais la porter jusqu’au Conseil national des barreaux. Nous y croyons : ouvrir davantage nos instances, aux plus expérimentés comme aux plus jeunes avocates et avocats, c’est indéniablement accroître leur représentativité, et peut-être renforcer l’intérêt que les membres de notre Barreau portent à la chose ordinale. 

Enfin, notre déontologie doit pouvoir s’incarner au sein de notre Barreau, au plus près de chacun des membres qui le composent. Au regard des difficultés que ressentent certaines et certains d’entre eux à dénoncer les situations de discrimination, de harcèlement et de violence auxquelles ils peuvent faire face, nous réaffirmons notre position ferme sur cette question, celle de la tolérance zéro. D’où la volonté que nous avons de renforcer la lutte contre ces violences. Par ailleurs, nous avons la forte conviction que le Règlement Intérieur du Barreau de Paris doit pouvoir évoluer au gré, lui aussi, des mutations de notre profession et de la société. A titre d’exemple, des mesures pour protéger la parentalité et garantir plus de droits pour les avocats devenus parents pourraient y être inscrites. 

Vous appelez à “une réforme institutionnelle forte” en matière de parentalité. Pouvez-vous nous en préciser les grandes lignes et les leviers mobilisables pour la réaliser ?

La parentalité est un des axes forts de notre programme, un de ceux qui nous tient le plus à cœur car nous savons combien cette réforme est attendue par de nombreuses mères et de nombreux pères avocates et avocats. 

Pourquoi est-ce une priorité ? D’abord car le moment de la maternité reste encore trop souvent compliqué, et même critique, pour de nombreuses avocates, indépendamment de leur statut, qui se retrouvent dépourvues de solutions concrètes adaptées. Ensuite car, compte tenu des difficultés de notre profession et de l’engagement qu’elle implique chez celles et ceux qui l’exercent, la frontière entre vie privée et vie professionnelle est, pour certaines et certains, difficile à préserver. Ce sont là deux motifs pour lesquels les avocates et avocats renoncent, parfois précocement, à exercer. 

Certes, c’est un chantier au long cours, mais c’est peut-être celui qui nous tient le plus à cœur. Il en va du plein épanouissement de l’ensemble des membres de notre Barreau, et de la garantie, pour ces derniers, d’un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. D’un côté, nous allons créer un pôle « Zen parentalité », qui sera constitué d’un collectif de consœurs et confrères qui pourront assurer les renvois de celles et ceux qui seraient empêchés du fait de leur congé parentalité. De l’autre, le Conseil de l’Ordre a voté le 6 février dernier le lancement d’une étude de besoins en matière de garde d’enfants. Dans un second temps, au terme de cette étude et en fonction des résultats obtenus, une garderie d’urgence et des micro-crèches pourraient voir le jour.

La profession a été marquée ces dernières années par l’apparition de nouvelles technologies de rupture (IA génératives notamment). Quelle peut être l’action du bâtonnat sur l’intégration et la régulation de celles-ci au sein de la profession ? 

Vanessa et moi-même en sommes pleinement convaincus : les intelligences artificielles ne pourront jamais remplacer les avocates et les avocats. La justice est, et sera toujours, une affaire humaine, et l’avocat demeurera cet orfèvre de solutions uniques dont le cœur de métier consiste à construire des raisonnements personnalisés. Aucune IA ne pourra jamais se substituer à lui dans la construction d’une stratégie contentieuse adaptée, ni retranscrire ou anticiper la complexité des rapports humains qui se jouent au sein même des tribunaux. 

Dans le même temps, il nous faut prendre conscience que les IA constituent de formidables portes d’accès au droit pour les citoyens. Pour nos consœurs et confrères, elles sont également le moyen de gagner en performance en réduisant le temps consacré à certaines tâches chronophages et à faible valeur ajoutée. 

C’est pourquoi nous devons nous saisir des opportunités qu’elles nous offrent. Cela implique, pour le Barreau de Paris, d’accompagner la révolution qu’elles opèrent d’ores et déjà au sein de notre profession. Nous souhaitons que nos consœurs et confrères puissent pleinement bénéficier des avantages de la transformation numérique, en apprenant à utiliser ces outils mais aussi leurs limites.

Enfin, et c’est un enjeu majeur en vue de résorber la fracture numérique qui touche aussi nos cabinets, nous souhaitons mettre à disposition des membres du Barreau de Paris un outil de recherche juridique accessible et à bas coût. Ce dernier devra, bien sûr, garantir la protection du secret professionnel et les principes déontologiques de notre profession. 

Il est souvent fait le reproche d’un certain éloignement entre l’institution et les avocats. Que ce soit sur des appels spécifiques, comme celui contre le harcèlement et les discriminations, ou, plus généralement, sur le sentiment collectif de ne pas être assez soutenu par leur Ordre, comment comptez-vous réaffirmer le lien entre l’Institution et ses membres ?

Nous reconnaissons que les avocates et avocats peuvent parfois ressentir une certaine déconnexion avec les institutions ordinales, et nous souhaitons que celles-ci puissent redevenir le repère fiable et le point appui qu’elles étaient auparavant pour chaque membre de notre Barreau. 

De toute évidence, cette volonté de plus de transparence s’incarne dans les mesures que nous mettons en œuvre pour soutenir les victimes de discriminations ou de harcèlement moral ou sexuel. La lutte contre ces violences demeure une des priorités de notre mandat. Ces événements, qui ont pu avoir cours au sein de certains des cabinets parisiens, ne doivent plus se produire, et les consœurs et confrères qui en auraient été victimes doivent pouvoir parler. Charge à nous de réinstaurer un climat de confiance au sein de notre Barreau, et ce dès 2024 ! 

Aussi, afin de faciliter la dénonciation des situations de discriminations, de harcèlement ou de violence, et conscients que nos consœurs et confrères peuvent hésiter à le faire directement auprès de l’Ordre, un nouveau dispositif d’alerte et de recueil de signalements garantissant le plein anonymat de chacun sera mis en place et, confié à un prestataire extérieur, un « tiers de confiance » reconnu dans le domaine. Nous portons l’espoir que cela permettra de libérer la parole des victimes. Nous ne pouvons plus faire de compromis à ce sujet.